Chiara Condi à l’OCDE : « Toutes ont le droit de devenir ce qu’elles veulent »

Chiara Condi à l’OCDE : « Toutes ont le droit de devenir ce qu’elles veulent »

La présidente et fondatrice de Led By HER est revenue avec nous sur son intervention lors du dernier forum de l’OCDE, un événement international qui a eu lieu les 29 et 30 mai 2018 à Paris autour du thème : « Ce qui nous rapproche ».

Lors du forum, tu as été invitée à prendre la parole sur le sujet « La technologie au féminin », quel est ton bilan à ce stade concernant l’égalité des genres dans les STEM* ?

Chiara Condi : Je constate qu’il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes dans tous ces domaines, et je pense que ça se joue dès la petite enfance. Il y a un grand travail à faire parce qu’aujourd’hui, même si on a quelques initiatives locales qui familiarisent les petites filles avec ces secteurs, ça devrait vraiment être fait dans l’enceinte des écoles, pour que les jeunes écolières choisissent suffisamment tôt de s’intéresser aux matières technologiques. Je pense aussi qu’il y a tout un cheminement et un travail d’accompagnement, de sponsoring et de mentoring qu’il faut que les entreprises fassent en interne pour faire s’épanouir et garder leurs éléments féminins. Parce qu’il y a aujourd’hui beaucoup de femmes qui rentrent dans ces métiers, mais il y en beaucoup qui les quittent aussi. Une des principales difficultés qui les poussent à partir est le fait qu’il y ait beaucoup plus d’hommes que de femmes dans ce milieu. Ça a un impact sur la culture de l’entreprise, ça exclut les femmes. On doit vraiment travailler pour avoir un certain nombre d’équipes 100 % féminines, pour que la culture soit mixte et pour que les femmes soient plus intégrées dans beaucoup d’environnements.

Selon toi ce n’est pas suffisant de favoriser l’empowerment des femmes, de faire en sorte qu’elles soient sûres d’elles et confiantes dans leurs choix, il faut aussi changer l’environnement dans l’entreprise ?

C. C. : Oui tout à fait, il faut changer cet environnement pour pouvoir accueillir les femmes aussi. Je pense que c’est crucial.

Pourquoi était-ce important pour toi d’être présente au forum de l’OCDE cette année ?

C. C. : C’est la deuxième fois que Led By HER participe au forum, nous étions là aussi en 2017. Pour nous c’est très important parce que l’actualité que nous y amenons, par rapport au terrain, à l’intégration des femmes, à l’égalité entre les hommes et les femmes, doit pouvoir être entendue au sein des politiques publiques, au sein des grandes institutions. C’est à nous d’en être la voix en collaborant avec d’autres organismes et à d’autres niveaux pour changer les choses. Je pense que pour notre part nous travaillons sur le terrain pour corriger les choses, en aidant des femmes, mais il faut aussi changer les choses à un niveau plus macro si l’on veut régler tous ces problèmes. Ça fait aussi partie de notre rôle.

Y-a-t-il eu des choses qui n’ont pas été évoquées dans le débat lors du forum et sur lesquelles tu aimerais revenir ? Des choses qui auraient dû être discutées ?

C. C. : Je pense qu’il y a des difficultés dans le salariat comme dans l’entrepreneuriat, mais aussi des solutions qui ont été créées. J’aurais aimé avoir plus de discussions autour des solutions qui peuvent être proposées et mises en place. Des solutions qui ont peut-être marché au niveau local, et qui pourraient être reproduites. Comme par exemple ce que nous avons proposé aux femmes à travers Led By HER et l’enseignement d’un programme d’entrepreneuriat qui est exclusivement destiné à un public féminin. Il existe aussi d’autres initiatives qui ont pour but de favoriser l’intégration des femmes dans la technologie, de faire en sorte que des entreprises aient des programmes de sponsoring, etc. D’autres actions ont été mises en place qui vont dans ce sens et dont il aurait pu être intéressant de parler.

Est-ce que tu as envie de revenir sur certaines thématiques abordées par les autres intervenant.e.s lors du forum et sur lesquelles tu n’as pas eu le temps d’intervenir ? Les problèmes liés à l’intelligence artificielle par exemple ?

C. C. : Oui, je pense que c’est très important que des femmes soient intégrées dans le développement de l’intelligence artificielle parce que, pour l’instant, cette dernière est quand même surtout créée par des hommes. Si les femmes sont laissées en dehors de cette conception, il y aura des inégalités inconscientes qui seront programmées et après ce sera très difficile d’opérer un changement. Aujourd’hui on voit déjà ça avec les robots par exemple. Je pense que si on veut être intégrées dans ce savoir-faire, il faut que nous-aussi participions à le construire.

Pendant le débat il a été question du télétravail et du fait que c’était un outil d’émancipation, mais aussi un danger pour les femmes qui risquaient de se voir à nouveau cantonnées au foyer familial, qu’en penses-tu ?

C. C. : Je pense qu’il n’y a pas de solution qui puisse marcher pour tout le monde. Chacun.e est confronté.e à ses propres obligations. À mon avis il faut plutôt une politique managériale qui soit basée sur l’individu, sur son mode de travail, ses besoins et la gestion de ses heures supplémentaires. Une politique qui soit plus individualisée pour qu’il y ait moins de problèmes si l’on doit partir tôt du travail par exemple. Je trouve que c’est important de prendre tout ça en compte. Dans tout les cas je pense que la flexibilité représente l’avenir et que les femmes peuvent déjà en bénéficier de manière générale. On peut trouver des arguments contraires, mais je pense que globalement c’est quelque chose de plutôt positif. Attention cependant, je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas d’aspects négatifs qui accompagnaient la flexibilité et qu’il allait falloir gérer.

En conclusion, peut-on rester optimiste quant à l’évolution de la place des femmes dans les domaines de la technologie et dans l’entreprise en général ?

C. C. : Si on laisse faire les choses, le gender gap, l’écart de salaire à poste égal entre les femmes et les hommes, ne sera pas refermé avant 217 ans. Pourtant je suis très optimiste parce qu’en ce moment les choses vont plus vite que jamais. Les féministes n’attendent plus d’évolutions naturelles, nous sommes en train de traiter les sujets de façon pro-active afin de mettre en place des politiques qui feront changer les choses. Plus ces dispositifs seront intégrés dans les entreprises, dans l’éducation, dans notre société, et plus vite nous y arriverons. Il faut construire cette conscience collective par rapport au fait qu’il y ait un vrai besoin d’action.

*STEM : acronyme anglais qui renvoie à quatre types de disciplines : science, technologie, ingénierie et mathématiques (en anglais science, technology, engineering, and mathematics)

Visuels : © OCDE/Mariano Bordon

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